Construction à biodiversité positive
Une maison (ou n'importe quelle construction humaine) est dite
« à biodiversité positive »
si elle abrite dans (ou sur) ses structures extérieures une
biodiversité supérieure à ce
qu’elle aurait naturellement été sur le
site s'il était vierge de construction.
Histoire et origine du terme "Construction à
biodiversité positive"
Après l'apparition de l'« habitat passif
», des architectes et des énergéticiens
ont été plus loin en créant un concept
de « maison à énergie positive
» pour décrire les maisons produisant plus
d’énergie qu’elles n’en
consomment. Le concept de maison à biodiversité
positive est parallèle à celle-ci.
L'architecture traditionnelle des zones froides connaît les
maisons
couvertes de mottes de terre
végétalisées,
généralement posées sur un
lit d'écorces déroulées de bouleau.
Les jardins de cours intérieures
semblent avoir existé sur tous les continents. Ainsi, les
jardins sur
terrasses extérieures datent de l'Antiquité. On a
notamment gardé le
souvenir des légendaires jardins de Babylone, la seconde des
sept
merveilles du monde.
La végétalisation des terrasses avait alors a
priori des vocations d'aménité et d'image.
Depuis quelques dizaines d'années des méthodes
nouvelles sont développées. Des industriels
fournissent :
* des godets
prévégétalisés à
disposer sur les terrasses ;
* des rouleaux
prévégétalisés ne
nécessitant ni entretien, ni arrosage,
ni engrais (ils sont généralement garni de sedums
et reconstituent une
strate rappelant la toundra ou la pampa), et peuvent être
accrochés sur
des pentes jusqu'à 35 % ;
* des lits de substrats
spéciaux
(argile ou ardoise expansée) pré-garnis de
graines ou plantules, à
étaler sur la terrasse par pompage à partir d'un
camion au sol ;
Ces
dernières solutions sont conçues pour
être légères et ne pas
nécessiter
de renforcement inhabituel des structures portant les terrasses.
Il
est courant que des architectes ou habitants fassent pousser des
végétaux dans leur maison, les écoles,
les bureaux, etc. Le plus
souvent il s'agit de plantes vertes en pots, mais il arrive qu'on les
plante dans le sol naturel, souvent dans une pièce
vitrée qui sert de
zone tampon. Un des problèmes posés, si la
pièce est fermée et qu'il y
a des parois froides, est la gestion de l'eau de condensation.
Depuis
quelques années se développe aussi le concept de
mur végétalisé
intérieur. Exceptionnellement, on a conservé un
arbre vivant qui émerge
hors du bâtiment (ex : Accueil du Parc Hoge Veluwe aux
Pays-bas), ou on
en a planté dans le bâtiment (ex :
Lycée HQE de Calais). Tout aussi
exceptionnellement, l'architecte a planté de vrais arbres
dans son
bâtiment, là où le volume disponible le
permettait (ex : Lycée HQE de
Calais, où des arbres poussent dans le sol naturel qui a cet
endroit
n'a pas été entièrement couvert par la
dalle isolante, dans une cour
intérieure couverte d'une verrière). Dans tous
ces cas, les objectifs
étaient plutôt esthétiques et/ou
visaient la qualité de vie, la qualité
de l'air. Les espèces plantées sont d'ailleurs
souvent exotiques.
Dans
les années 1990/2000, le souci de protection de la
biodiversité rejoint
celui de remboursement de la dette écologique du
bâti, pour aboutir à
cette notion d'architecture à biodiversité
positive. C'est un des
concepts approchés depuis la fin des années 1990
par un projet de
quinzième cible HQE.
Limites du concept
"Construction à biodiversité
positive"
C'est une « cible » encore expérimentale
et théorique qui semble rarement pouvoir être
atteinte, mais que l'architecte et l'habitant peuvent tenter
d'approcher, dans le cadre d'une approche HQE ou quinzième
cible HQE.
Le principe de la "Construction à
biodiversité positive"
Biodiversité ne doit pas être confondue avec
diversité : ce n'est pas la simple multiplicité
de plantes et d'animaux qui est ici recherchée, mais le
maintien de leurs interrelations et fonctions
écosystémiques (à titre d'exemple, un
zoo n'est pas la Nature, pas plus qu'un arboretum ou une collection
horticole).
Ce sont les espèces naturellement et normalement
présentes sur le site concerné qu'on cherche ici
à préserver et favoriser. Cette
Biodiversité doit - par définition - pouvoir
naturellement évoluer dans le temps et l'espace. Il est donc
nécessaire de prendre en compte le contexte et la
connectivité écologique.
On ne trouvera pas sur une maison les mêmes
espèces que sur un chêne de 500 ans qui aurait
occupé le même espace au sol ou le même
volume, mais l'objectif est de permettre une biodiversité,
une Biomasse (écologie), une nécromasse et des
fonctions écosystémiques qui approcherait au
moins celle qu'on trouverait autour d'un objet minéral
évoquant la forme de cette maison, mais qui aurait
été colonisé depuis longtemps par la
Nature (imaginons un rocher qui aurait la forme extérieure
du volume construit).
L'idée d'une biodiversité positive vient aussi du
fait qu'il faudrait aussi rembourser la dette élargie des
usagers du bâtiment ou des infrastructures (cf. impacts des
véhicules, du matériel, chauffage, etc.)
Dans cette approche, le bâti :
* sert de support physique à
des plantes grimpantes qui elles-mêmes abriteront et
alimenteront d'autres espèces, dans
l’intérieur des murs, fondations, poteaux, vides,
etc.) ;
* est conçu de
manière à intégrer des
structures-nichoirs ;
* est conçu de
manière à développer des
micro-habitats, éventuellement dégradables
(brique de bois amovibles pour les invertébrés
xylophages) ;
* est accompagné d'autres
mesures compensatoires, dans le jardin s'il existe et sur les
éléments construits annexes (murs,
clôtures, mobiliser urbain, poteaux, accès, etc).
Une cible, pour l'architecte
C'est une cible à atteindre, qui peut aussi être
incluse dans la première cible retenue par l'approche HQE.
La performance, qui implique une double obligation de moyens et de
résultat. L'obligation de résultat implique une
obligation de "mesure".
La mesure
La biodiversité n'est pas strictement mesurable par la
métrologie classique. De nature fondamentalement complexe,
elle est difficile à quantifier et même
à qualifier par exemples pour ses aspects
génétiques. Elle est relative, au contexte
écologique local. On mesure donc la performance par rapport
à cette cible via quelques bioindicateurs (animaux,
végétaux et éventuellement fongiques),
à choisir avec un écologue, en fonction des
caractéristiques biogéographiques du site.
Quelques exemples de construction à
biodiversité positive ?
À titre d'exemple ;
* une terrasse
végétalisée, un mur
végétalisé, garni de nichoirs ou de
structures permettant aux plantes grimpantes de s'y épanouir
et d'accueillir leur faune associée augmentent la
biodiversité ;
* une clôture ou un mur peut
être garnis de plantes grimpantes et/ou de structures nichoir
;
* une clôture de type mur peut
être remplacée par une haie, ou par un
fossé (végétalisé), plus
écologiquement perméable, ou au pire par un mur
végétalisé ; Un fil
électrifié peut aussi être utile s'il
s'agit de protéger des cultures ou enclore des animaux.
* sous l'eau : l'équivalent
de ce concept peut être celui de récif artificiel
qui peut fortement multiplier l'offre en habitats et en refuges,
permettant d'accroître par 20 à 30 la biomasse.
Les expériences de récifs artificiels se comptent
maintenant par milliers en eaux marines et ouvertes, mais sont
très rares en eau douce et fermées. Les supports
seront alors une pile de pont, un pied d'éolienne offshore,
une berge artificielle ou divers éléments
d'infrastructures portuaires immergées, etc.)